samedi 25 juin 2016

Pas contre, à côté


Repérer et éclairer fugitivement les dernières poches de beauté "pop"* dans la laideur totalitaire postmoderne reste le projet de ce blog. J'ai été présomptueux car je n'ai pas su anticiper les formidables moyens des vendeurs de vide artistique et des diffuseurs de novlangue socio-politique sur le web**. N'ayant rien à leur vendre précisément, j'ai choisi de poursuivre mon petit bonhomme de chemin au gré de mes envies et quelques fois aussi de répulsions, il ne faut pas pousser ! De toute façon, on ne joue pas dans le même préau. Avant tout, j'ai cherché à ne jamais prendre l'internaute, fidèle ou de passage, pour un imbécile, un pari délicat que je crois avoir tenu.
Face aux interrogations et aux démangeaisons inquiétantes du monde réel, un Journal "pop" peut sembler bien léger mais tant qu'il relaie des échos de la beauté et ceux des derniers rires insolents, il vaut la peine de se battre pour le faire vivre non pas contre - c'est pénible et vain - mais à côté comme je l'ai dit plus bas.
Bon ouikend et à plus loin.

* Bien sûr avec des chemins de traverse vers la littérature, les arts plastiques, le design ou l'architecture.
** Ceux-là même qui poussent des cris d'orfraie depuis l'annonce de la volonté populaire britannique de quitter le Machin Bis de l'Union Européenne. On ne peut pas indéfiniment prendre les individus et les peuples pour des crétins.

jeudi 23 juin 2016

Comme on les aime


Avec l'été, les diffuseurs de "moraline" se lâchent. Dans un climat général oscillant entre l'école enfantine et Pyong Yang, des élus pratiquent la descente de police dans la vie quotidienne de leurs concitoyens au nom du Bien, forcément.
A Genève, on a vu un comité d'éthique municipal qui ne représente que lui refuser le droit à un salon de massage de coller son affiche coquine et drôle (lire mon billet plus bas). A Londres, le nouveau maire Sadiq Khan a donné un premier gage à l'aile dure de son électorat musulman - sous les applaudissements de néo-féministes, ce qui n'étonnera que les autruches - en interdisant lui aussi une affiche sous ce prétexte faux-derche : L’objectif de cette interdiction est de lutter contre les images déformées de la femme, présentant un "physique irréaliste ou malsain ou susceptible de créer des problèmes de confiance en soi liés au corps, notamment chez les plus jeunes".
L'infantilisation donne à plein et Anastasie est à la fête.

Sur Agora Vox, un billet traite des deux interdictions.

mercredi 22 juin 2016

Belle (de) nuit



Salomé Leclerc, Arlon
Quand la neige brûle.

Ceux qui ont la vista / The Smokin' days



Dans une rue de Paris en 1985 par Harry Gruyaert
Source

La perspective de pouvoir me désolidariser encore de quelques-unes des valeurs qui prétendent unir tant bien que mal cette humanité en déroute est l'un des plaisirs qui me tiennent en vie. Aucun monde n'a jamais été plus détestable que le monde présent. Les publicitaires ne l'ignorent pas : ce ne sont même plus des ordres ni des supplications, qu'ils mettent en scène, mais des menaces. Ils ne prétendent plus que ce qu'ils veulent nous faire aimer est aimable, ils savent pertinemment que c'est l'exact contraire. Ils proclament donc que ce qui ne pourra plus être aimé est inéluctable.
Défendre la littérature comme la seule liberté précaire encore plus ou moins en circulation, implique que l'on sache exactement ce qui la menace de partout. Même s'ils sont légion, les ennemis de la littérature sont également nommables et concrets. Les pires, bien sûr, logent aujourd'hui dans le cœur de la littérature, où ils sont massivement infiltrés, corrompant celle-ci de leur pharisaïsme besogneux, de leur lyrisme verdâtre, de leurs bonnes intentions gangstériques et de leur scoutisme collectiviste en prolégomènes* à la tyrannie qu'ils entendent exercer sur tout ce qui, d'aventure, ne consentirait pas encore à s'agenouiller devant leurs mots d'ordre, ni à partager leur credo d'hyprocrites. Sous leur influence, l'écrit lui-même est devenu une prison. Ils contrôlent jour et nuit les barreaux de la taule. Ils dénoncent sur-le-champ les plus petites velléités de rébellion ou seulement d'indépendance. Ces surveillant nuisent en troupeau : ce sont les matons de Panurge.

En rentrant, j'ai eu envie de déposer les premières lignes de la préface au volume I des Exercices spirituels de Philippe Muray réédité aux Belles Lettres en 2010. Est-ce la cigarette de la (jeune ?) femme qui m'a fait penser au philosophe - on le savait gros fumeur -, le soleil enfin revenu ou le besoin de relire ce credo étincelant du regretté contempteur de la navrante post-modernité dans laquelle on patauge ? Un peu de tout cela, sans doute.

* Préface consistante qui fournit les pré requis nécessaire à la compréhension de ce qui suit. (S'emploie toujours au pluriel.)

lundi 20 juin 2016

Transports


Sur l'auto-radio, Vince Taylor
Je colle aussi la reprise saignante des Wild Angels, un groupe que j'ai découvert à la fin des années 70 grâce à leur album Out At Last gravé, tenez-vous bien, en 1972, c'est-à-dire avant l'explosion sonique du pub rock qui fut une des influences du punk. Formé en 1967, ils choisirent le nom du groupe en hommage au film de Roger Corman sorti l'année précédente. Ils ont accompagné Gene Vincent lors de sa tournée anglaise de 1969. Play it loud !

Photo : Paul Newman dans Hud en 1963

dimanche 19 juin 2016

Ceux qu'on lira

Contre les pornographes et les néo-féministes qui ont tué le plaisir érotique ? Pfff ! Ils sont bien trop nombreux, alors tentons de faire vivre à côté nos dissidences exquises.

Dans une époque au conformisme binaire, il est urgent de réintroduire la valse. Les écrivains que je préfère sont généralement d'excellents valseurs : ils écrivent à trois temps*, évitant le plus possible les réductions, les clichés et l'enfermement de la lourde dialectique qui aplatit tout. Le style qui fait des étincelles est souvent à trois temps.

Cet été, je lirai Les obus jouaient à pigeon-vole de Raphaël Jérusalmy aux éditions Bruno Doucey.
La présentation de l'éditeur :
L’histoire : 1916 : tranchée de première première ligne, au lieu-dit le Bois des Buttes. Le 17 mars à 16 h, le sous-lieutenant Cointreau-whisky, alias Guillaume Apollinaire, engagé volontaire, est atteint à la tempe par un éclat d’obus alors qu’il lit une revue littéraire. La revue qu’il tenait au moment de l’impact, annotée de sa main, vient d’être retrouvée en Bavière. C’est du moins ce que prétend l’auteur de ce récit. Les 24 h qui précèdent l’impact y sont relatées heure par heure, en un cruel compte à rebours qui condense le drame humain en train de se jouer au fond de cette tranchée et le bouleversement qu’il entraîne dans l’âme d’Apollinaire. Car cette journée va être capitale pour la poésie.
Je glisserai aussi dans ma valise Une vie en liberté, les Mémoires cinéphiles de Michel Mourlet chez Séguier éditeur.
Extrait d'un entretien :
Q : L’indifférence aux étiquettes idéologiques paraît aujourd’hui incompréhensible. À une époque où l’on s’empoignait autour de la guerre froide ou de l’Algérie française, comment parveniez-vous à ménager la chèvre et le chou ?

M. M. : Il faut se souvenir du contexte. Après la guerre, le parti communiste était très puissant et tout le monde était plus ou moins contre. À l’intérieur de celui-ci, on ne pouvait s’écarter de la ligne ; mais à l’extérieur, où des gens comme Sartre étaient traités de « vipère lubrique » par les staliniens, il y avait des passages possibles entre adversaires de bonne foi. Je vais vous raconter une histoire assez emblématique : le critique Jean-Louis Bory, militant de mouvements gauchistes et homosexuels, s’est rendu un jour à la rédaction de Défense de l’Occident, la revue de Maurice Bardèche, pour un débat autour d’un livre sur le fascisme que Bardèche venait de publier. Bory est arrivé en déclarant : « Je suis très heureux d’être aujourd’hui parmi vous. » Imagine-t-on une chose pareille aujourd’hui ?

Et s'il me reste de la place, j'y mettrai encore Le Désespéré de Léon Bloy aux éditions La Part Commune.

* Les discours politiques les plus marquants (de Gaulle, Mendès France,...) étaient aussi composés sur trois temps. Le regretté Jean Lacouture, lui-même styliste brillant, l'avait rappelé dans ses biographies de quelques uns des grands formats du siècle passé.

jeudi 16 juin 2016

Toto aime la télé (nos chers monstres)



Voir ou revoir le jubilatoire Re-Animator acte I réalisé par Stuart Gordon en 1985 d'après une nouvelle de H.P. Lovecraft, c'est possible ce soir sur Arte à 23h45.
Un extrait

Dans le jukebox, l'hymne minimaliste psycho-punk de Roky Erickson s'est imposé assez naturellement, si j'ose dire. I Walked With A Zombie (Vaudou pour la trad. française) est aussi le titre d'un film de Jacques Tourneur sorti l'année 1943. L'ex-chanteur du groupe 13th Floor Elevators a rendu hommage au film avec cette composition. En cherchant des éléments sur Roky Erickson, j'ai entendu cette version de Starry Eyes (1994) à la fraîcheur étonnante. Le premier enregistrement du titre remonte à 1975 quand l'ex-frontman avait repris le chemin d'un studio après une longue période "spaced out" due au LSD et autres substances psychotropes. Je préfère la version de 1994 plus droite dans ses bottes. Vous vous souciez de cette anecdote discographique comme de votre première culotte, c'est normal et je ne vous en veux pas. Si je tombe parfois dans l'ornière de l'érudit-rock, ça n'est pas pour faire l'intéressant (quoique) mais parce que ce genre d'emballement est irrépressible. Que voulez-vous, même si on le dit mort, j'aime toujours le rock. Je ne suis pas le seul : un internaute fan de Roky a déposé les deux versions de Starry Eyes pour comparer. Au fil du web, j'ai également appris que Philippe Garnier avait créé un label (Sponge) en 1977 juste pour éditer une rondelle du chanteur azimuté. Ensuite, il a signé les fabuleux Real Kids pour un single. Quand on aime...

Fierté Mod (les mots pour le dire)



Dans les années 60, les mods portaient des badges, des vestes et même des pompes aux couleurs de la Grande-Bretagne. Aujourd'hui encore, qu'ils soient pour ou contre la sortie de leur pays de l'UE, les jeunes d'outre-Manche ne craignent pas de mont(r)er les couleurs.

A propos du Brexit, j'ai relevé cette réflexion de Ambrose Evans-Pritchard dans The Telegraph cité par Jacques Sapir chez Causeur :
Nous devons décider si nous voulons être gouvernés par une Commission aux pouvoirs quasi-exécutif qui fonctionne plus comme le clergé de la papauté du XIIIème siècle que comme une fonction publique moderne; et si nous voulons nous soumettre à une Cour européenne de justice (CEJ) qui revendique la suprématie juridique la plus complète, sans droit d’appel.
La question est de savoir si vous pensez que les Etats-nations de l’Europe sont les seules instances authentiques de la démocratie, que ce soit dans ce pays, en Suède, aux Pays-Bas ou en France ». (…) L’UE telle qu’elle est construite est non seulement corrosive mais finalement dangereuse, et (…) dans la phase que nous avons maintenant atteinte l’autorité gouvernementale se désagrège à travers l’Europe. Le projet provoque une hémorragies des institutions nationales, mais ne parvient pas à les remplacer par quoi que ce soit de légitime au niveau européen.

Les belles consciences de la médiature qui durant des décennies nous ont vanté les mérites de la différence voudraient aujourd'hui que l'on gomme toute aspérité structurelle, politique ou culturelle grâce au nivellement législatif mais surtout mental des eurocrates à Strasbourg et à Bruxelles qui vouent une profonde aversion pour les peuples et leurs différences. J'ai du rater un épisode.

Dans le jukebox, Wilko Johnson et Roger Daltrey avec un titre emblématique du pub-rock chauffé à blanc. Les deux vieux brigands avaient encore du jus quand ils ont enregistré leur album de reprises.

Photos : Martin Parr / Magnum et The Who par Tony Frank

Hello !


Une tirette de forain installée par la société Born To Lose* ? Meuh non, c'est un cadeau du tampographe Sardon.

* Société à irresponsabilité totale et illimitée, nous garantissons l'échec de toutes vos entreprises !
(Siège social : 4, impasse des Rentiers à Calvingrad)

dimanche 12 juin 2016

Nos chers monstres


- Bon dimanche, les loulous !

La créature par Bill Nelson vue sur un blog entièrement consacré à Frankenstein.

Au salon des refusés


A l'occasion de l'Eurofoot, le salon érotique genevois Venusia voulait marquer un coup (au but !) par voie d'affiche. L'idée était bonne, le slogan drôle, sa réalisation coquine et élégante mais trop chaude pour nos censeurs locaux. Résultat, l'affiche "passes et foutebôle" a été recalée par les commissaires à la rectitude morale de la société générale d'affichage et ceux de la commission d'éthique municipale. Dans une ville où les putes racolent librement et où on ouvre chaque saison des salons haut de gamme - il en faut pour toutes les bourses - , ces adeptes d'Anastasie atteignent le sommet de l'hypocrisie. Quels momiers ! Comme disent nos amis de Neuchâtel.
(Merci à Anne)

jeudi 9 juin 2016

Give Us A Kiss


En attendant le nouvel album de Nick et ses Mauvaises Graines annoncé pour septembre (merci à Debout), Give Us A Kiss, un beau titre enregistré pour le docu-fiction 20,000 Days On Earth consacré au Caveman qui a perdu un fils l'été dernier. Les paroles semblent prémonitoires.

lundi 6 juin 2016

Ceux qui s'exposent : monstres, androïdes et cyberpunks


Dans le cadre du bicentenaire de la créature du Dr Frankenstein imaginée par Mary Shelley à Cologny près de Genève, la Fondation Brocher et Art-Place ont invité en mars dernier des artistes à s'exprimer librement (support et technique) sur le thème L'Homme réinventé par la Science.
Les œuvres - pour lesquelles le public votera*  - seront à découvrir lors du vernissage le vendredi 10 juin dès 20h à la Fondation Brocher.

* Les prix du jury et du public seront remis le 13 septembre.

Illustration : La Fiancée de Frankenstein /The Bride Of Frankenstein par Dave McKean

vendredi 3 juin 2016

The Smokin' Days


Avec Ann Sothern

Nazi rock




Quand les Stones étaient un groupe scandaleux par Guy Peellaert dans ses Rock Dreams et une illustration pour un magazine 60's d'action.
Le militaria nazi excite certaines rock stars - Keith Richards, Lemmy, etc. - qui collectionn(ai)ent uniformes, drapeaux, insignes, couteaux, etc. Dans le portrait documentaire consacré à Lemmy, le regretté frontman (!) de Motörhead en parlait ouvertement; ses collègues beaucoup moins. Il serait intéressant de traiter le sujet sans fausse pudeur pour tenter de comprendre les ressorts d'une telle passion. Les punks (Siouxsie, The Pistols) ont joué avec les insignes nazis par provocation car ils étaient - et restent - outrageux mais les têtes de file du mouvement ne les collectionnaient pas, du moins à ma connaissance. Dans le genre provocateur, outre The Residents avec leur album The Third Reich 'n' Roll édité en 1975 et censuré en Allemagne, il faut mentionner les azimutés de Laibach et les laibachettes, leurs choristes danseuses. Fascinés par l'imagerie et l'esthétique des régimes brutaux, ils revendiquent un "kitsch totalitaire" percuté par dAdA. Laibach a fait partie du Neue Slowenische Kunst, le Nouvel Art Slovène. Je ne les ai jamais vus sur scène mais on m'a rapporté que leurs concerts étaient impressionnants et qu'on y dansait furieusement. (Ils ont fortement influencé Rammstein.)

Dans la b.o. :
Serge Gainsbourg avait une longueur d'avance quand il composa l'album Rock Around The Bunker en 1975. Pourrait-il enregistrer ce titre aujourd'hui sans être de suite menacé d'un bûcher médiatique ? Pas sûr...

Nos chers monstres


Trophées par Carlos Valenzuela/Valzonline  

jeudi 2 juin 2016

Ceux qu'on lit



J'ai trouvé aux puces pour l'équivalent de 5 € un recueil sobrement intitulé Paris édité en juin 1944 par Mermod à Genève. Ce petit volume élégant dont certaines pages n'avaient pas été coupées rassemble des peintres et des écrivains qui ont célébré la capitale française.
Ainsi Jean Follain avec Le maquignon galant

En travers du lit d'hôtel
Gisait le maquignon nu ;

A l'aube la donzelle
Rejoignit son conscrit ;

Les mains en viande rouge
Du toucheur de bœufs
Vaquèrent aux ablutions 
Dans l'onde aux cristaux muets.

Puis il mit son habit
Aux couleurs de muraille
Et s'en fut en sifflant
Dans le jour où passait
Comme un souffle de rose.

Surtout pour ce vers (libre) : Dans l'onde aux cristaux muets...

Toile : Malcolm Liepke